Un couple du XVIème siècle
L'angoisse de la page blanche existe aussi lorsque l'on est "rédacteur en chef" d'un blog de généalogie familiale et j'ai longuement hésité sur la manière de vous livrer l'histoire de mes ancêtres. J'ai donc opté pour la solution la plus simple et je me suis reposé sur le relevé systématique des actes de vie de mes ascendants pour écrire à chaque fois et progressivement, un billet par couple d'ancêtres.
C'est pourquoi, vous trouverez ici le couple le plus ancien de la généalogie ascendante paternelle de ma mère : celle de la famille MENU ! Comment alors ne pas être ému lorsque l'on évoque la vie de ces deux personnages que sont Jean MENUZ & Françoise ROYER, couple à la quatorzième génération de la famille MENU - mes enfants constituant la première génération.Nés tous les deux alors que le XVIème siècle allait se terminer - probablement avant 1580(1), ils ont dépassé la cinquantaine ayant eu plusieurs enfants et des milliers de descendants. Pendant ce temps là, se finissaient les hostilités de la septième guerre de religion entre catholiques et réformés, appelée guerre des amoureux.
Jean était déjà laboureur, métier au combien gratifiant dans une période où les manouvriers constituaient le gros des villageois d'un village rural traditionnel. En fait, si l'on s'arrête un peu sur la vie de notre ancêtre, on constatera que dans la "pyramide hiérarchique", Jean était plutôt au milieu de celle-ci. Ni au bas de l'échelle avec les journaliers, il n'était pas en haut, non plus, parmi les "dominants" qu'étaient aristocrates et bourgeois propriétaires. On peut considérer qu'il venait tout juste après les régisseurs, souvent nommés fermiers généraux, dans la strate des paysans à demi indépendants. Ceux-ci étaient plus ou moins aisés et évolués, constituant le monde des "coqs de village". Ils savaient généralement lire et compter, signer, parfois écrire. Ils possédaient presque toujours des terres, des animaux et un troupeau, ou du moins un attelage. On comptait parmi eux "les marchands", comme on en trouvera plus tard dans les descendants de Jean. Point que l'on retrouve également parmi les descendants de notre couple, c'est l'exigence de ces gens quant à leurs choix matrimoniaux : "on se mariait entre soi, volontiers avec des familles déjà alliées à la sienne". Si l'on ne peut être sur encore de la position de notre Jean MENUZ, on peut en tous cas le qualifier de "laboureurs moyens" pour ne pas dire "français moyen du XVIIème siècle (2). En ce sens et pour appuyer nos propos, il suffira de citer l'acte de baptême de Jehan MENU, fils de François MENU - premier enfant de notre couple - dans lequel on note premièrement que le père de la marraine du nouveau né est admoniateur de la terre et de la seigneurie de Bonnencontre - l'admoniateur étant celui qui à l'époque donnait une terre à ferme contre loyer, généralement payé en céréales - et deuxièmement, le père du parrain est désigné comme honorable Jehan MENUZ - est-ce notre Jean MENUZ ? rien ne le prouve mais l'on reste dans la même famille. En tout état de cause, l'on constate cette volonté de s'allier entre soi, dans un éventuel intérêt financier.

On peut, par ailleurs, considérer que les MENU étaient une famille paysanne classique donc une famille nombreuse. Les parents de Jean ont probablement vécu leurs derniers jours au sein du foyer, comme cela était le cas jusqu'au milieu du 20ème siècle en France. La fécondité était alors naturelle, la mère de famille mettait au monde une abondante progéniture, en général entre quatre et sept enfants et Françoise ne dérogera pas à la règle en mettant au monde pas moins de 6 enfants(3). Elle a d'ailleurs dû profiter d'un vrai partage des tâches et travaillait probablement à proximité immédiate des bâtiments agricoles, sans doute pour avoir l'œil sur les plus petits enfants et pour préparer en même temps les repas et faire le ménage. Françoise nourrissait, peut être, les volailles, barattait le beurre, trayait les vaches et les chèvres, etc.(4)
Alors qu'Henri II de Bourbon, prince de Condé était devenu gouverneur de la Bourgogne, Jean mourut le 5 novembre 1631 à Bonnencontre (Côte d'Or). Son épouse lui survécut un tout petit plus de 2 ans, le rejoignant dans le repos éternel le 15 décembre 1633.
(1) source : site Planète Généalogie de Claude VERDIER - on peut estimer leur mariage aux environs de 1600, au vu de la date de naissance de leur premier enfant.
(2) source : "Nos ancêtres - Vie & Métiers" - numéro 5 de janvier-février 2004 - page 20 (le billet de Jean-Louis Beaucarnot).
(3) La descendance telle que présentée dans ce billet se repose sur des données disponibles sur Internet et qui seront à valider ultérieurement
(4) source : "Nos ancêtres - Vie & Métiers" - numéro 5 de janvier-février 2004 - page 30.
Nota : billet publié pour la première fois le 1